Quand une violence a eu lieu
La justice pénale répond à une infraction : elle juge un acte et sanctionne une personne. Mais une violence laisse d'autres traces. Chez la personne qui l'a subie, chez celle qui l'a commise, chez leurs proches, et dans le lien social lui-même. La justice restauratrice et la justice transformatrice s'intéressent à ces traces-là : à ce qui peut être dit, entendu, réparé ou transformé.
La justice restauratrice, ou justice restaurative
La justice restauratrice cherche à réparer les torts causés par une infraction en donnant une place aux personnes concernées : les victimes, les auteurs, leurs proches et la communauté. Sa forme la plus connue est la rencontre, directe ou indirecte, entre une personne victime et l'auteur des faits, préparée et accompagnée par des tiers. Rien ne s'y fait sans l'accord de chacun.
Les mots varient selon les pays : on parle plutôt de justice restauratrice en Belgique et de justice restaurative en France ; on lit aussi justice réparatrice. Ils désignent des pratiques très proches : médiation entre auteur et victime, rencontres entre victimes et personnes détenues, cercles et concertations restauratrices.
La justice transformatrice
La justice transformatrice, ou transformative, va plus loin que la réparation d'un tort entre deux personnes. Elle s'intéresse aussi à ce qui, dans une société, rend les violences possibles, et cherche des réponses collectives, en dehors de la seule logique de la peine. Voici la définition qu'en retient le collectif :
La justice transformatrice ou transformative peut désigner l'ensemble des recherches et pratiques de justice collective/communautaire non punitives opérant en dehors du système pénal et prônant une responsabilité et une prise en charge collective des situations de conflits d'abus et/ou de préjudices, attentive à ne pas (re)produire davantage de violences.Retissons du lien
Violences, prison et lien social
Une violence ne concerne jamais seulement deux personnes. Elle traverse des familles, des quartiers, des institutions ; elle abîme la confiance et le lien social. L'incarcération, elle, sépare : les personnes détenues d'un côté des murs, les victimes et le reste de la société de l'autre. Le collectif travaille ce lien-là, pour faire circuler la parole là où la justice classique s'arrête.
Ce que fait Retissons du lien
Ancré dans la sociologie clinique et la justice transformatrice, le collectif conçoit et anime des dispositifs concrets en Belgique francophone :
- des dispositifs de groupe en milieu carcéral : des groupes de travail entre personnes victimes et personnes détenues, autour de l'expérience de la violence, du sens de la peine et de la manière de vivre ensemble ;
- des ateliers participatifs et immersifs, inspirés de ces rencontres, pour expérimenter « ce que te rencontrer me fait » (voir les prochaines dates) ;
- du témoignage et de la sensibilisation, au départ du vécu de celles et ceux qui participent aux dispositifs ;
- des journées d'implication et de recherche, qui rassemblent les personnes et les institutions autour d'une infraction pénale.
Le documentaire « Ce que te rencontrer me fait » (Transversales, RTBF La Première) montre une de ces rencontres entre personnes victimes et personnes détenues : il est à écouter dans les ressources. Toutes les actions sont détaillées sur la page Actions.
La sociologie clinique
Elle travaille à la jonction de l'histoire intime et de l'histoire sociale : ce que chacun a traversé, et ce que la société y a déposé. C'est l'outil qui rend des trajectoires opposées audibles les unes aux autres.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la justice restauratrice ?
Une manière de répondre à une infraction qui donne la parole aux personnes concernées (victimes, auteurs, proches) pour comprendre ce qui s'est passé et chercher ce qui peut être réparé. Elle passe souvent par une rencontre préparée et accompagnée, toujours avec l'accord de chacun.
Justice restauratrice, restaurative, réparatrice : quelle différence ?
Surtout une différence de vocabulaire : « restauratrice » est plus courant en Belgique, « restaurative » en France, « réparatrice » se lit aussi. Les pratiques qu'ils désignent sont très proches.
Qu'est-ce que la justice transformatrice ?
Un ensemble de recherches et de pratiques de justice collective et non punitive, en dehors du système pénal, qui prônent une prise en charge collective des conflits et des préjudices sans reproduire davantage de violences. C'est l'approche dans laquelle s'ancre Retissons du lien.
Une victime et une personne détenue peuvent-elles se rencontrer ?
Oui, lorsque chacune le souhaite, dans un cadre préparé et accompagné. En milieu carcéral, Retissons du lien organise et accompagne des groupes de travail entre personnes victimes et personnes détenues.
Faut-il avoir vécu des violences pour participer à un atelier ?
Non. Les ateliers participatifs et immersifs sont ouverts à toute personne qui souhaite expérimenter « ce que te rencontrer me fait ». Les dates sont dans le calendrier des ateliers. Une école, une institution ou un collectif peut aussi en organiser un : écrivez-nous.
Où agit Retissons du lien ?
En Belgique francophone. L'association a son siège à Bruxelles.